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 L'Attraction, le Poids et l'Ame du Chasseur. ( Solo, Introspective)

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Fonction : Bouclier félin
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MessageSujet: L'Attraction, le Poids et l'Ame du Chasseur. ( Solo, Introspective)  Mer 10 Juin - 16:19

PARTIE 1 : L'Attraction


Je la sens. Elle est entrée en moi cette fameuse nuit de pleine lune.

Le spectacle était fini depuis quelques minutes et le lourd rideau de toile rouge finissait de se refermer sur la scène poussiéreuse du « Valencia's Palace », le seul endroit qui avait accepté que je fasse mon numéro tous les soirs. C'était une petite salle miteuse dont le bar côtoyait la scène, ne laissant qu'un étroit passage en direction des toilettes. L'endroit était couvert de poussière et sentait un étrange mélange de bière, de tabac froid et d'iode. La plupart des gens qui venaient se reposer là étaient des ramasseurs de sel après leur dure journée de labeur. Mais je me sentais à ma place ici. J'étais une bête de foire et, même si mon public n'était souvent pas très étendu, il était chaleureux et reconnaissant de la touche d'exotisme que j'apportais à leur vie. Certains vieux briscards qui venaient tous les soirs s'amusaient même à raconter des morceaux de mon spectacle à ma place, faisant rire l'assemblée de pauvres gens. Ils étaient devenus une sorte de deuxième famille pour moi et leurs éclats de rire gras réchauffaient mon cœur mieux que dix soleils ne l'aurait fait. Oui, à cette époque, sur cette scène rongée par les termites, accompagné de Craig, le plus craintif de tous les hommes, j'étais heureux. Mais ce soir là allait tout changer...

Elle est toujours là. A chacun de mes pas, je la sens qui cherche à se libérer.

«  2467 Berrys, c'est la recette pour ce soir Yoh'. C'est bien, on continue à rentrer un peu plus d'argent chaque soir.

– Ok nickel ! Laisse ma part sur la commode je la prendrais en partant. On se voit demain Wal'.

– A demain, gros tas ! »

Il partit alors, éclatant du rire cristallin qui le caractérisait tant. Il aimait me piquer et m'agacer parce qu'il savait qu'au fond, rien ne me faisait plus plaisir que ce contact amical et intime. C'était le premier véritable ami que j'avais depuis la mort de Wasaki. Mais ce soir, je ne rentrerais pas à pied avec lui par les chemins pavés de Kraven, comme je le faisais parfois. Ce soir, quelque chose m'empêchait imperceptiblement de repartir. Alors que la porte claquait, suivant les talons de mon manager, je ressentis quelque chose d'étrange. Quelque chose de nouveau et qui n'avait aucune explication vraisemblable. Quelque chose qui venait de s'installer dans mon cœur, mon cerveau et mes entrailles. Un sorte de désir intense, plus puissant que l'attraction hormonale d'un homme pour une femme. Sans chercher à résister plus longtemps, je cédai à la tentation. L'envie était si puissante que mes jambes se dirigèrent presque toutes seules en direction de la porte. Je devais sortir. Pas pour rentrer à l'hôtel non, juste sortir. L'Attraction se faisait de plus en plus forte. Je la sentais me tirer par le nombril comme si cinq chevaux de traits avaient décidés ensemble de me traîner dans leur sillage. Je ne sais pas pendant combien de temps j'ai marché. Je ne me suis arrêté qu'une fois arrivé au bord de l'océan, sur cette même plage salée ou j'avais échoué un an plus tôt. Je posai les genoux au sol, le visage attiré avec force vers l'eau. L'Attraction était devenue totalement indomptable. Mes yeux contemplèrent alors la forme solide de l'Attraction. Une sorte de grosse poire jaune, dont la peau était strié de longs traits noirs, rappelant d'une certaine façon la fourrure d'un grand fauve. J'étais fasciné, à un tel point que respirer n'était plus ma priorité et je faillis me noyer. Je n'avais plus qu'à le saisir désormais. Il était à moi.

Je suis à elle. Je ne la possède que si elle me possède. Je suis impuissant face à elle.

Il était là désormais. Posé dans ma main, comme si cela avait toujours été la place à laquelle il aspirait. Malgré sa petite taille, son poids semblait énorme et insoutenable. J'avais envie de planter mes dents dans la chair jaune pour déguster ce fruit qui me semblait divin. Les sensations que j'éprouvais en ce moment même ne pouvait pas venir de quelque chose d'humain. Cela avait quelque chose de supérieur. Un mélange de peur, d'appréhension, de joie et de douleur. Je n'avais jamais rien ressenti de tel auparavant. Mais il fallait que je rentre. Je le savais, le sentais au plus profond de mon être, je devais me cacher de tous pour dévorer ce fruit. C'est donc d'un pas pressé que je rentrai à mon hôtel, fermant ma chambre à double tour avec précipitation et fébrilité. Je m'assis alors sur mon lit, les yeux exorbités par le désir de goûter l'Attraction. Je tirai alors mon couteau de ma poche, séparant le fruit en deux.  La chair était d'un violet-pourpre fascinant. Une couleur à la fois vive et sombre, claire et terne. Aucune trace de pépins ou de noyaux comme on pouvait s'y attendre en coupant un fruit. Juste des cercles concentriques d'une pâle couleur ambrée. Absolument splendide. Et son parfum. Une fois libérée par le couteau, la senteur de la poire avait envahi toute la pièce. Une odeur d'herbe sèche, mêlée à celles des baies sauvages de printemps et de la viande crue. Des odeurs que je n'avais jamais, ou presque, senties auparavant. Mais, je ne sais pour quelle raison, j'avais l'intime conviction d'avoir deviné les bonnes odeurs. Approchant alors mon couteau du fruit, je découpai avec attention une fine lamelle de ce cadeau divin. L'approchant de mes lèvres, je fermai les yeux de bonheur, cédant enfin pleinement à l'Attraction.

Elle m'attendait. Elle m'a séduit et s'est jouée de moi. Mais je ne la hais pas. Je la crains.

Je la recrachai aussitôt après en avoir croqué un morceau. L'Attraction avait disparu à l'instant même où le fruti s'était effrité dans ma bouche comme si j'avais mangé du sable et de la roche. Ce fruit qui, l'instant d'avant, m'avait semblé exceptionnel et divin, n'évoquait plus en moi rien d'autre que du dégoût. Je n'avais plus qu'une seule envie désormais, m'en débarrasser. Ne réfléchissant plus aussi sereinement qu'avant, je lançai le fruti en direction de la fenêtre de ma chambre, faisant exploser la vitre dont les éclats de verre allèrent se perdre parmi les nombreuses plantes du jardin. Cela faisait bien longtemps que je n'avais pas cassé quelque chose par manque de précaution vis à vis de ma force. Mais je n'eus pas le temps de penser davantage à cet incident. Je me sentais bien, comme libéré, maintenant que le fruit avait disparu de mon champ de vision. Disparu, comme l'Attraction que j'avais ressenti pour ce comestible. Mais elle n'avait pas laissé place à un vide. Au contraire, d'avoir avalé un minuscule morceau de ce fruit m'avait donné l'impression d'être pleinement rassasié, rempli même. Je me sentais lourd, comme si je portais une autre personne sur mes épaules. Et j'avais envie de vomir ce poids qui me restait sur l'estomac. Mais je ne le pouvais pas. Quelque chose empêchait ma gorge de déglutir correctement. Je décidai alors d'aller me coucher, secoué par mon expérience du soir, étrangement fatigué, certain que rien de tout cela ne subsisterait le lendemain.

Le Poids n'est pas parti. C'était elle. Elle s'est installée ce jour là, usant mon corps comme un abri.

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MessageSujet: Re: L'Attraction, le Poids et l'Ame du Chasseur. ( Solo, Introspective)  Ven 12 Juin - 15:32

Partie 2 : Le Poids

Deux semaines sont passées, sans que le Poids ne disparaisse. Il était toujours là, caché entre mes côtes, derrière mes os et entre mes boyaux. Il était partout et engourdissait mon corps, me lançant de douleur parfois, comme s'il ne cherchait qu'à sortir. J'avais l'impression de porter en moi un animal sauvage qui luttait de toutes ses forces pour sortir. Jusqu'à ce fameux soir de représentation où la salle était bondée comme jamais. La tenancière du bar avait même été obligée d'aller quérir des chaises au bar adjacent, tant les gens s'amassaient. Avec Craig, nous avions enfin fini de mettre au point les effets spéciaux pour mon entrée et je lui avais écrit un tout nouveau discours de présentation, dont il n'était pas assuré de la beauté. Mais mon égo dominait tant en ce temps là que je l'ai forcé à le lire, le poussant même sur scène au dernier moment. Sa voix tremblotante s'éleva alors dans la salle qui s'était tue, alors que mon bras droit se déchirait de convulsions musculaires.

«  Ok, alors je me lance, j'y vais... Allez c'est parti ! Mesdames et messieurs ici rassemblés, j'ai le grand honneur de vous présenter la plus imposante des créatures qu'on ait jamais vu ! 2 mètres 64 de puissance et 305 kilogrammes de muscle ! Des pectoraux sculptés au couteau, des abdominaux comme sortis de la plume des plus grands anatomistes et des biceps à faire palir un gorille en pleine saison des amours ! Voici celui que l'on appelle le Chasseur Blond, Yohoshi Kentarô !!! »

Elle se battait contre ma peau. Prisonnière de cette cage de chair. Elle sortirait, dans peu de temps.

Exultant de joie à l'annonce de mon nom, j'en oubliais la douleur et contemplais les effets spéciaux se mettre en place. Lorsque le feu explosa, je fit un bond pour atterrir en milieu de scène, les bras refermés sur ma cape, le visage tourné vers le bas, accusant une grimace de douleur. Je me décidais alors enfin à lancer mon spectacle, commençant le récit de mon histoire, accompagnant le tout de grands gestes et de belles tournures. Comme toujours, je grimaçais en évoquant la mort de Wasaki, arrachant une larme à certaines demoiselles de l'assemblée. Arrivé à la moitié du spectacle, il me fallait raconter l'histoire de ma cicatrice. Les images remontèrent instantanément à mon cerveau. Je reçus alors un choc dans la poitrine si violent que j'eus besoin de m'asseoir de toute urgence. En faisant mine de l'avoir prévu, je m'asseyais au bord de la scène, baissant les yeux en encaissant un deuxième choc. Je m'étais souvenu de la lame, du sang qui m'avait aveuglé, de la froideur de l'eau lorsque j'avais chu. Et la douleur était passé. Elle avait laissé place à un calme absolu et avait fait ressurgir le véritable Yohoshi, celui que j'avais abandonné il y avait de cela des années dans la chambre de la maison familiale. Mon regard se noirci alors que je me décidais à regarder les gens. Je sentais une forme d'excitation monter au fur et à mesure que je racontais l'histoire. Pas dans le public, non. En moi. Elle remplaçait peu à peu le Poids. Et plus je racontais l'histoire, plus je sentais un besoin bestial de tuer. Je me relevais alors rapidement, prenant soudainement conscience que j'effrayais la salle. Et que je venais d'émettre un son anormal. Comme un feulement de chat. Très léger, à peine perceptible, mais bien réel quand même. Je coupais alors court au spectacle, arrangeant la fin du mieux que je pouvais, laissant les gens repartir chez eux, un homme tout de noir vêtu fermant la marche. Je n'apprendrais que plus tard que cet homme là, et lui seul, avait entendu le feulement.

Elle avait fini par gagner du terrain. Terrifiante. Envahissante. Sa voix perçait, elle allait sortir.

«  Qu'est-ce qui t'as pris d'écourter le spectacle ainsi ? Il y avait encore une grosse partie de ta vie sur Kraven à développer. Hé Yoh', tu m'écoutes quand je te par...»

Il ne put pas finir sa phrase. Je venais de refermer ma main sur son poignet avec force. Mais ce n'était déjà plus ma main. Il venait de se taire subitement, frappé d'effroi, car une patte énorme, armée de griffes grosses comme des crocs de loup, venait de se refermer sur sa main. Il était devenu blême, terrifié par ce qu'il venait de voir. Et si j'avais eu un miroir à ce moment là, je crois que j'y aurais vu exactement la même face terrifiée. Le Poids avait disparu de mon bras. Il était sorti s'installer sur mon bras, le recouvrant d'une fourrure couleur sable et or. Wal' se dégagea alors de la serre avec toute la force dont il pouvait faire preuve, avant de s'enfuir, complètement apeuré. Je tentais de le retenir, mais le seul son qui sortit de ma bouche fut un long rugissement. Alors je pris peur également. Je sortis en vitesse de ma loge, courant à perdre haleine en direction de la seule forêt de l'île. Là bas je pourrais être tranquille. Mais plus j'avançais, plus je rapetissais, plus je me courbais vers le sol. Je fus bientôt obligé de poser mes deux mains, devenues poilues, au sol, produisant une force sans pareille pour me propulser à une vitesse que mon corps pataud n'avait jamais atteint. J'étais enfin arrivé à la forêt et, bien que luttant pour rester debout, je ne pus pas quitter cette position à quatre pattes. Une douleur intense sembla alors m'arracher la bouche. Touchant par réflexe le coin de mes lèvres, j'y sentis deux pics aiguisés qui déchiraient mes chairs. Il n'y avait pas une goutte de sang qui en coulait cependant, comme si cette action était naturelle pour moi. Elles avaient fini par atteindre près de 40 cm de long, effilées comme des rasoirs, courbées comme un sabre perse. Je voulais voir à quoi cela ressemblait. Je vis alors une grosse flaque à quelques pas. Je posai alors mon regard sur l'eau, m'observant avec attention. Tel Narcisse, je fus fasciné par mon reflet.

Le Poids avait pris forme. Cette forme sauvage et meurtrière.

Je n'avais jamais rien vu de tel. J'avais sous les yeux le reflet non pas d'un humain, mais d'un grand fauve élancé et musclé. Mais un fauve que je ne pouvais pas identifier. Cela ressemblait à la fois à un lion et à un tigre, à ceci près que ni l'un ni l'autre de ces deux animaux ne possédait des canines de 40 cm aux coins de la bouche. Après la peur de mon image, j'étais passé à un stade d'admiration. C'était moi, mon regard dans l'eau et cette cicatrice si reconnaissable à l'oeil droit. La couleur de ces poils longs de la même exacte couleur sable-dorée que mes cheveux. Cette veste en fourrure blanche jetée sur mes épaules et mon aéro-casque toujours fixé à ces grandes oreilles frétillantes. J'étais devenu cet animal à proprement parlé. Et le fait d'accepter ce changement changea les choses. Je repris soudainement forme humaine, les signes animaux disparaissant aussi vite qu'ils étaient apparus. Mais le Poids n'était pas revenu dans mon corps. Il avait cédé sa place à quelque chose de nouveau, un autre sentiment inconnu. J'avais l'impression plus qu'agréable de porter un nuage en moi, une sorte d'aura légère et pourtant bien plus puissante que la mienne. Je savais que le fauve n'avait pas disparu. Elle était là. L'Ame du Chasseur, comme je la nommerais plus tard, était en moi, apaisée par mon approbation de sa présence, se reposant. Elle ne se reposerait pas éternellement.

L'Ame du Chasseur. Elle m'accompagne depuis cette nuit là. Elle me nourris comme je la nourris.

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